Programme
Sonate No 1 en do majeur K 279
Allegro
Andante
Allegro
1er MOUVEMENT Bien que les six sonates aient été écrites vers la même période, il ya quelques raisons de penser qu’au moins l’Allegro qui ouvre la première sonate K 279 a été composé plus tôt. Ce mouvement se distingue de ceux de toutes les sonates suivantes, en ce qu’il ne comporte pas de « grand » thème d’introduction caractéristique. Au lieu de cela, il débute par une série de quatre motifs, d’une manière qui fait songer aux techniques baroques. Les trois mouvements sont en forme sonate. Le premier, malgré son ornementation généreuse, n’atteint pas encore la richesse mélodique des sonates suivantes ; la structure est transparente et la surprise principale, âpres un long développement, réside dans l’ordre différent des motifs lors de la réexposition.
2eme MOUVEMENT Particulièrement agréables pour l’oreille dans la sonate en ut majeur K 279 sont l’Andante lyrique et expressif (dont l’ornementation en triolets annonce le célèbre Andante du Concerto K 467 en ut majeur) et le Finale vif et fougueux, très haydnienne.
3eme MOUVEMENT Il se trouve que le second thème du brillant dernier mouvement qui ouvre le développement, présente des similarités rythmiques avec la sonate de Haydn en fa majeur (Hob. XVI :23) et encore davantage avec le thème du Presto de sa sonate en si mineur (Hob. XVI :32). Ceci est une des nombreuses raisons qui incitent à penser que Mozart avait toutes chances de bien connaître les six sonates dites Kurzböck.
Sonate No 6 en ré majeur K 284
Allegro
Rondeau en Polonaise (Andante)
Tema con variazioni
Mozart a dédié cette sonate à un certain Freiherr Thaddäus von Dürnitz, ce qui explique qu’on l’ait souvent appelée la « Sonate à Dürnitz ». De ces six premières sonates c’est sans conteste la meilleure, la plus brillante et celle qui requiert le plus d’habileté technique. On peut comprendre pourquoi Mozart l’affectionnait particulièrement et qu’il ait continué à l’exécuter lui-même. C’est de cette incomparable lorsqu’elle était interprétée sur un des nouveaux pianofortes de Stein.
1er MOUVEMENT Une première version du début du premier mouvement rédigée sur une page et demie a été supprimée par Mozart. Il a commencé à réécrire la version définitive au bas de cette même page. Le matériau thématique de ce mouvement d’ouverture (et, à un moindre degré, celui des mouvements suivants) est disposé sur une échelle plus vaste, presque plus orchestrale, ce qui constitue une rupture avec le ton d’intimité des premières sonates. L’effet de tremolo dans les mesures 13 à 16 et les annonces répétées à l’unisson du premier thème peuvent très bien se lire comme la réduction d’un tutti orchestral. Le deuxième thème, ligne mélodique plus souple, sans accompagnement dans sa mesure d’introduction, contient une chaîne descendante de premiers renversements – formule harmonique fort prisée aux siècles baroque et classique (il y a des passages analogues dans les thèmes subsidiaires de l’ouverture de l’Iphigénie en Tauride de Gluck et le premier mouvement du Concerto Italien de Johann Sebastian Bach). Cela fonctionne comme un passage de solo par opposition aux entrées de tutti qui suivent dans la mesure 30. Le développement traverse un cycle de tonalités mineures avant le début de la réexposition dans la mesure 72.
2eme MOUVEMENT Mozart a intitulé le second mouvement : Rondeau en Polonaise. Il s’agit donc d’une danse. Les quatre premières mesures constituent une forme de dialogue (comme le thème du premier mouvement de la sonate précédente en sol majeur) et Mozart les soumet à des variations avec un certain bonheur. Il accentue le contraste entre l’exposition et la contre-exposition par des indications de dynamique.
3eme MOUVEMENT Le dernier mouvement de la sonate est une suite de variations joyeuses qui est un régal pour le pianiste, et présente, jusqu’à la variation en adagio les caractéristiques d’une gavotte. Le don spécial de Mozart pour l’écriture en variations s’y manifeste de la manière la plus brillante. L’impression superficielle de forme diffuse ne résiste pas l’examen approfondi : il ne serait guère facile d’oublier une des douze variations ou d’en ajouter une. La variation Adagio est d’un intérêt tout particulier pour les spécialistes de Mozart, car elle nous donne quelque a perçus de sa conception de l’ornementation impromptue : l’autographe n’est que pudiquement orné et il est probable que Mozart enjolivait son texte lors de l’exécution au gré de sa fantaisie. Mais une version richement ornée a survécu dans la première édition publiée du vivant de Mozart ; et il ne fait pas de doute que cette version enjolivée est l’œuvre de Mozart lui-même – qui d’autre pourrait enjoliver une musique d’une manière aussi ingénieuse ? Cela nous éclaire sir les idées de Mozart en matière d’ornementation en général et en particulier.
Pause
Sonate No 3 en mi bémol majeur K 281
Allegro
Andante amoroso
Rondeau (Allegro)
1er MOUVEMENT Si bémol majeur, la tonalité de la troisième sonate du cycle, semble avoir été la tonalité préférée de Mozart pour le piano. Il l’utilisera en effet dans trois sonates, dans pas moins de quatre concertos et six sonates pour piano et violon. Au départ, le thème du premier mouvement introduit un dualisme charmant entre les triolets des doubles et les triples croches. Ce mouvement admirablement construit mérite d’être exécuté plus souvent. Et les pianofortes de l’époque de Mozart avec leur son clair et transparent et leur timbre individuel semblent se prêter particulièrement bien à l’expression du charme délicat de toute la sonate.
2eme MOUVEMENT Le deuxième mouvement (Andante amoroso) fait partie des plus belles œuvre de jeunesse de Mozart. Il demande à être joué avec une ardeur introspective, non comme une déclaration d’amour passionnée. Les soupirs d’affection alternent avec un tendre flot de douces phrases mélodiques.
3eme MOUVEMENT Le Rondo final a un rythme de gavotte ; il déborde de vivacité et multiplier les effets de concerto, comme par exemple dans la courte cadence de la mesure 43 avec le retour du thème sous un accompagnement de trilles (m. 114 f.) Le thème du Rondo est binaire, la seconde partie étant une « reprise variée » dans le sens où l’entendait C.P.E. Bach. Les « soupirs de Mannheim » à l’italienne de la mesure 3 sont repris dans le premier épisode. Le deuxième épisode en mineur introduit une ombre de mélancolie dans la gaieté des événements qui sera à son tour chassée dans le troisieme, cette fois-ci par un accord de septième diminuée, plaqué avec emphase (m. 102-104). Le mouvement, qui présente des analogies de forme et de tonalité avec le final des Sonates K 333 et 570, ainsi qu’avec celui du Concerto K 238 se termine par une courte coda spirituelle et enjouée.
Sonate No 4 en mi bémol majeur K 282
Adagio
Menuetto I-II
Allegro
1er MOUVEMENT Cette sonate présente la particularité de s’ouvrir sur un mouvement lent comme la sonate K 331 en la majeur, sans toutefois prendre la forme d’un mouvement de thème et variation. C’est l’Adagio lyrique qui est construit en forme sonate. Il commence par un thème expressif en à trois voix qu’on peut s’étonner de ne pas retrouver dans la réexposition et qui ne revient que dans la coda. L’expression en est si tendre et si intime que ce mouvement aurait bien pu être qualifié d’« amoroso » comme l’Andante de la sonate précédente. Ce que notre oreille entend comme du Mozart typique est en réalité une adaption du Thème et Variations de Haydn dans la même tonalite Hob. XVII.3 composé mais non imprimé avant 1774. La mélodie et l’harmonie sont pratiquement identiques, seul le rythme diffère. S’agit-il d’un emprunt inconscient ? Il est possible que Mozart en ait vu un exemplaire manuscrit appartenant au frère de Haydn, Michael. Un second thème « grazioso » commence à la mesure 9. C’est essentiellement un motif binaire simple qui est repris pour se fondre imperceptiblement dans la pensée qui conclut l’exposition. Le développement commence de manière spectaculaire avec un accord de septième diminuée fortement chargé suivi de deux courts crescendo. Malgré sa brièveté, ce mouvement nous montre du meilleur Mozart, expressif et raffiné. Il y a inscrit une multitude de signes d’articulation et d’indications de dynamique avec un soin méticuleux.
2eme MOUVEMENT Par contraste avec ce mouvement lent, le suivant est un menuet vif dont le trio (baptisé Menuet II) est relativement long et qui s’inspire manifestement des danses traditionnelles autrichiennes. Ces éléments folkloriques ou populaires sont relativement rares chez Mozart, mais ce mouvement est l’exception à la règle, très proche en cela des menuets du Septuor op. 20 de Beethoven et de sa sonate op. 49 no 2.
3me MOUVEMENT Le final, un Allegro en 2/4 d’un brillant et d’une vigueur irrésistibles, vient conclure une œuvre vraiment originale et touchante.
Sonate No12 en fa majeur K 332
Allegro
Adagio
Allegro assai
1er MOUVEMENT La sonate en fa majeur comporte un premier mouvement à 3/4, comme la sonate K 280 dans la même tonalité. Les mesures d’introduction cantabile sont suivies d’une longue phrase de réponse qui contient une mine d’idées mélodiques, dont beaucoup rappellent Haydn (mesures 13 sq.). Ce mouvement n’est pas un exemple classique de forme sonate malgré la présence des repères principaux : la composition tripartite (exposition, développement et réexposition) ainsi que les grandes lignes du schéma tonal. Cependant, on rencontre un passage orageux en ré majeur et une modulation en ut mineur avant l’entrée du deuxième thème dans la tonalité normale de do majeur. Il y a aussi de nombreux autres détails qui prouvent que Mozart prenait des libertés dans le traitement de la forme sonate, comme le rythme hémiolique des mesures 64 65 et le nouveau matériau thématique introduit au début du développement.
2eme MOUVEMENT Le mouvement Adagio en si bémol montre combien Mozart excellait dans l’art de faire varier les reprises, et fournit un exemple typique de l’habitude qu’il avait d’enrichir l’ornementation lors de la préparation de l’œuvre pour la publication. Ainsi les ornements qui auparavant étaient probablement « improvisés », devenaient « imposés » dès lors que l’œuvre était publiée avec l’ornementation écrite.
3eme MOUVEMENT Le dernier mouvement est un Allegro assai à 6/8 qui exige plus de compétence technique de la part du pianiste que la plupart des sonates de Beethoven. Cela prouve que Mozart devait être le meilleur pianiste de son temps.
Textes repris de:
Sonates pour piano de Mozart
De Paul et Eva Badura-Skoda
